La musicothérapie

POUR TROUVER REPONSES A QUELQUES QUESTIONS ...

Fxv   par François-Xavier VRAIT,
directeur de l'Institut de Musicothérapie de Nantes, coordinateur pédagogique du Diplôme Universitaire de musicothérapie, Université Formation Continue, Faculté de Médecine et Techniques Médicales de Nantes
  (texte évolutif. Merci de votre contribution : il suffit de répondre, compléter, interroger, en laissant vos coordonnées. J'en tiendrai compte pour continuer à écrire.) 

LA MUSICOTHERAPIE

En nous inspirant de la définition donnée par le professeur Edith LECOURT (professeur de psychologie et psychopathologie clinique à l'Université Paris-Descartes, et Secrétaire Générale de l'Association Française de Musicothérapie), nous proposons celle-ci :

" En fonction du contexte, la musicothérapie est une pratique de soin, de rééducation ou de relation d'aide, utilisant le son et la musique sous toutes leurs formes, comme moyen d'expression, de communication, de structuration et d'analyse. 
Elle s'adresse à des personnes présentant des difficultés liées à des troubles psychiques, sensoriels, physiques, neurologiques ou en difficulté psycho-sociale. Elle s'appuie sur les liens étroits entre les éléments constitutifs de la musique et l'histoire du sujet mais aussi sur les interactions entre le patient, le musicothérapeute et la musique."

Assez proche, la définition récente proposée par la Fédération Française de Musicothérapie s'exprime ainsi :

" La musicothérapie est une pratique de soin, d'aide, de soutien ou de rééducation qui consiste à prendre en charge des personnes présentant des difficultés de communication et/ou de relation. 
Il existe différentes techniques de musicothérapie, adaptées aux populations concernées : troubles psychoaffectifs, difficultés sociales ou comportementales, troubles sensoriels, physiques ou neurologiques. 
La musicothérapie s'appuie sur les liens étroits entre les éléments constitutifs de la musique, et l'histoire du sujet. 
Elle utilise la médiation sonore et/ou musicale afin d'ouvrir ou restaurer la communication et l'expression au sein de la relation dans le registre verbal et/ou non verbal. "

Bien que cette dernière définition soit plus orientée vers les seuls troubles de la communication et de l'expression, ces manières de définir la musicothérapie me semblent aujourd'hui la plus en phase avec la pratique actuelle des musicothérapeutes.

Cette façon de la concevoir et la penser libère la musicothérapie du poids qui la confondait naguère encore avec toutes les techniques psychomusicales (utilisation des pouvoirs psycho-affectifs ou psychophysiologiques de la musique), et qui en faisait au mieux une sorte de "médecine douce".

LA MUSIQUE EN ELLE- MEME N'A JAMAIS SOIGNE PERSONNE ! La musicothérapie ne consiste pas en l'utilisation de supposés pouvoirs qu'exercerait la musique sur l'être humain. 
Les définitions récentes sont parlantes à cet égard. C'est le patient qui est au centre, l'acteur principal, le sujet de sa thérapie. Et l'utilisation de la musique sera un moyen pour lui, et dans la relation thérapeutique qu'il établit avec le thérapeute, de s'ouvrir à une plus grande expressivité, ou à une meilleure communication avec son entourage, de développer ses potentialités créatrices, d'analyser, au travers de ses liens intimes avec la musique (ce que le musicothérapeute appelle le "vécu sonore et musical") son propre rapport à lui-même, au corps, aux affects, au langage, aux autres, au monde. 
Ainsi, lorsque le musicothérapeute propose à son patient d'écouter un extrait de musique, d'exprimer ce qu'il ressent, ou encore d'utiliser un instrument de musique, ou sa voix, etc., il ne se pose pas tant la question de savoir "ce que la musique lui fait", mais plutôt "ce que le patient fait de la musique qui lui est donné à entendre, ou à produire".
Il s'agit donc de proposer à un patient, ou un groupe de patients, dans un cadre thérapeutique (spécifiquement construit et défini en tant qu'espace de soin) une EXPERIENCE MUSICALE, des expériences musicales, au travers desquelles, et avec l'aide du thérapeute, il pourra élaborer, à son rythme, une manière de transformer son rapport à lui-même, aux autres et au monde.

C'est en cela que la musicothérapie est une forme d'art-thérapie, c'est en cela qu'elle rejoint aussi les autres formes de thérapies d'inspiration psychanalytique. Il s'agit de donner au patient les moyens de devenir "sujet de ce qui lui arrive", sujet de sa parole, sujet de son ressenti, sujet de son histoire, sujet de son corps, sujet de sa pensée, acteur et responsable de sa vie, de ses choix, de ses goûts et de ses préférences, créateur de sa vie en devenir.

Cette manière de penser la musicothérapie permet de la mettre en oeuvre dans le plus grand respect du patient, évitant ainsi toute forme de manipulation psychologique ou autre dérive.

C'est ainsi qu'elle est enseignée aux étudiants qui se destinent à la pratiquer dans nombre d'institutions soignantes (hôpitaux, instituts médico-psychologiques, instituts médico-éducatifs, maisons d'accueil spécialisées, foyers d'accueil médicalisés, etc.

LA PRATIQUE DE LA MUSICOTHERAPIE

Elle est pratiquée en France depuis de nombreuses années dans ces institutions de soins, et notamment dans des services de psychiatrie pour enfants ou adultes. Ce n'est que récemment que les études de musicothérapeutes se sont structurées dans un cadre universitaire, mais des centres privés, souvent associatifs, ont concouru depuis les années 70 à la formation des professionnels qui ont su développer et parfaire peu à peu la pratique d'une musicothérapie de qualité. Ces organismes de formation se sont regroupés en une Fédération Française de Musicothérapie. L'Université de Nantes, avec l'Institut de Musicothérapie de Nantes, y est associée.
Cette longue expérience clinique dans les institutions de soins a permis de développer une pratique de la musicothérapie auprès de patients souffrant de troubles et de pathologies très diversifiés :
- autisme infantile
- psychose chronique, et autres troubles de l'identité, de la personnalité
- états dépressifs aigus et chroniques
- névroses phobiques ou obsessionnelles
- troubles anxieux permanents
- divers troubles du comportement
- troubles addictifs, anorexie, dépendances alcooliques ou toxicomanie
- atteintes neurologiques, états déficitaires, maladies d'Alzheimer,
- déficits intellectuels
- déficits sensoriels, comme une surdité 
- problèmes psychomoteurs
- troubles du langage
- ...
La liste serait longue, et il conviendrait d'ajouter le travail possible 
- avec des groupes familiaux dans le cadre de musicothérapie familiale, 
- mais aussi la prise en charge des troubles psychologiques secondaires à des maladies somatiques (cancers, maladies de longue durée, invalidantes,...)

 

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QUESTION d'un internaute :
- Pensez vous qu'un son ou un programme sonore spécifique peut influer sur la physiologie et/ou la psychologie d'une personne au point de lui suggérer l'envie de manger ? de bouger un membre de façon inconsciente....? Existe t-il un conscensus sur ce sujet ?

Extrait d'une réponse de ma part :
Bonjour
Ma réponse est très claire : non. L'utilisation de la musique en musicothérapie n'a rien de magique. C'est un long travail thérapeutique, qui n'a rien à voir avec quelque forme que ce soit de "manipulation" sonore ou musicale, qui ferait faire quelque chose à un patient, en dehors de sa volonté.
Par contre, il pourrait s'agir d'accompagner une personne, y compris dans une difficulté extrême de communication ou de capacités motrices, en utilisation la musique comme objet de relation, afin de susciter toute forme d'expression, de communication, de désir et d'élan vital.
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QUESTION  d'une institution

 - Bonjour,

Les soignants de notre centre hospitalier en pneumologie cherchent des références de Cd de musicothérapie pour détendre les malades pendant certains examens. Auriez vous des références à me donner ? 

Merci d'avance pour votre aide,

Cordialement

 

EXTRAITS de ma réponse

 Aux soignants de pneumologie du C.H. de L. 

 Je vous remercie de l’intérêt que vous portez à la musicothérapie, et je félicite les soignants du service de pneumologie de votre établissement, qui souhaitent apporter détente, apaisement et mieux-être à leurs patients, lorsque ceux-ci sont amenés à  subir des examens ou des soins particulièrement douloureux et angoissants.

Toutefois, la musicothérapie ne peut absolument pas consister ou se réduire au fait de passer au patient un CD, même judicieusement sélectionné, sans interroger en même temps la présence du soignant à ses côtés, son rapport personnel à la musique, le vécu sonore et musical de ce patient singulier, la relation d’aide que cette médiation musicale infléchit nécessairement, etc.

 

En d’autres termes, la musicothérapie ne peut se passer d’un musicothérapeute, ou plus généralement ne peut se concevoir en l’absence d’un soignant,

-          qui va soutenir et accompagner le patient dans cette écoute,

-          accueillir et contenir l’expression des affects, des émotions que la musique va nécessairement susciter,

-          l’aider à trouver une forme d’expression de son vécu intérieur, d’une manière suffisamment structurée et donc acceptable pour le patient lui-même,

-           l’aider à comprendre et à élaborer les processus psychiques qui le traversent et sont à l’œuvre chez lui,  

-          et qui devra être en mesure d’évaluer la situation thérapeutique qu’il propose.

 

Je suis sûr que vous, soignants du service de pneumo, en êtes conscients et persuadés. J’imagine toutefois que ma réponse n’est pas celle qui vous attendiez. Mais je tenais à vous la formuler de cette manière dans un premier temps : puisque vous vous adressez à un institut de musicothérapie, je vous fais une réponse de musicothérapeute !

 

Ceci étant dit, votre demande est précise, vous sollicitez des conseils pour une aide musicale, à un moment précis, lors d’examens médicaux anxiogènes, de type fibroscopies bronchiques ou autres explorations, j’imagine.

Auquel cas, vous n’avez probablement pas le temps ni les moyens d’ajuster une sélection musicale personnalisée. En ce cas, deux solutions sont envisageables :

-  d’une part, demander au patient d’apporter le CD de son choix ;

-  d’autre part, utiliser des musiques ‘tous-terrains’ ( !), vous en trouverez des centaines dans les bacs des disquaires, au rayon ‘relaxation’, ou ‘bien-être’, ou encore ‘détente’… ou même ‘musicothérapie’ !

Ces musiques ont la particularité d’être toutes les mêmes, construites sur le même modèle, produisant au mieux une somnolence (c’est l’effet recherché), au pire de l’agacement (ce n’est pas rare), généralement peu de mouvements affectifs (c’est voulu)… donc ces musiques sont assez peu musicales (c’est le comble !).

Cependant, elles sont faites pour ce que vous recherchez. N’hésitez donc pas à les utiliser.

 [...] Très cordialement,

 

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 LE MUSICOTHERAPEUTE, sa formation, son éthique

Le musicothérapeute est un soignant. Il a fait une formation à la musicothérapie, à l'Université ou dans un centre privé. Il est tenu au secret professionnel.

Le musicothérapeute est appelé à travailler tant avec des adultes que des enfants, ou des personnes âgées, il est le plus souvent associé à une équipe pluri-disciplinaire, et se doit de ne pas rester isolé : il soumet sa pratique à une supervision, rencontre d'autres professionnels, participe à des travaux de recherche clinique. Les musicothérapeutes regroupés au sein de la Fédération Française de Musicothérapie ont signé un Code de Déontologie, précisant le cadre professionnel, éthique et déontologique de leur exercice. C'est une garantie de sérieux et de professionnalisme vis à vis des patients.

QUESTION d'un internaute :
- [...] Il y a des différences importantes de tarifs entre les centres de formation, certaines durent quelques semaines, d'autres comme chez vous à Nantes durent trois ans. [...] Je me demande quelle formation choisir. J'ai même trouvé une formation par correspondance [...]

Extrait de ma réponse :
Bonjour
Commençons par la formation par correspondance : pourriez-vous imaginer un soignant (médecin, infirmière, kiné ou que sais-je?...) qui n'ait reçu une formation que par courriers, mails, ou télé-enseignement ? sauriez-vous lui accorder votre confiance ? Il est navrant de penser que des personnes aient pu imaginer et délivrer une formation de ce type. C'est faire bien peu de cas de la musicothérapie elle-même,... et plus grave, c'est bien mal considérer les patients qui pourront être amenés à consulter ces personnes. Je pense qu'il n'est pas nécessaire de commenter davantage cette possibilité...

[...] De même, il est important de différencier des stages courts (de quelques jours à quelques semaines), et une formation de musicothérapeute. Les stages de formation de courte durée sont très intéressants pour qui veut mieux découvrir et comprendre ce qu'est véritablement la musicothérapie. Ces stages de découverte, de sensibilisation, ou d'initiation sont même conseillés, et certains centres de formation les rendent obigatoires avant d'entreprendre une formation à la musicothérapie. C'est une bonne idée je crois, avant de s'engager dans un processus de formation long et couteux.

Venons-en maintenant aux formations de musicothérapeutes. La Fédération Française de Musicothérapie s'est constituée autour d'organismes qui délivrent une formation intégrant un certain nombres de critères, qui sont des garanties minimum quant au volume des enseignements (350 heures), quant à la durée de la formation (2 années minimum), au volume des stages en institutions (200 heures). Il s'agit là des conditions minimum requises, en vigueur dans certains centres privés. 

A titre de comparaison, le diplôme de musicothérapie que nous organisons à l'Université de Nantes se prépare sur 3 ans, comprend 518 heures d'enseignement et compte 840 heures de stages hospitaliers. [...] Ce niveau de formation est en cohérence avec les orientations données par les instances européennes : en effet, la profession se dirige en Europe sur la constitution et la reconnaissance des diplômes de musicothérapie au niveau  Master (bac+5).

[...] Evidemment, les tarifs pratiqués sont en lien avec la durée et la volume des enseignements ; ils sont aussi en rapport avec la qualité des enseignants et la logistique mise en oeuvre pour le suivi individualisé des étudiants ainsi qu'avec les formes de validation des connaissances (diplôme universitaire). Globalement, les tarifs pratiqués, rapportés bien sûr au volume considéré, sont ceux que l'on retrouve généralement dans le cadre de la formation Professionnelle Continue.

BIBLIOGRAPHIE
Dans quelques temps, je vous promets une bibliographie plus complète. En attendant, les ouvrages du professeur Edith LECOURT sont une référence, et je vous invite à les découvrir:
- L'expérience musicale: résonances psychanalytiques,l'Harmattan 1994
- analyse de groupe et musicothérapie, ESF,1993
- La musicothérapie, PUF, Nodules, 1988 (cet ouvrage est épuisé)
- Découvrir la musicothérapie, Eyrolles, 2005

Date de dernière mise à jour : 19/01/2016