Musicothérapie et langage : du non-verbal au verbal, quels processus ?

NANTES

vendredi 22 et samedi 23 mars 2019

« Musicothérapie et langage : du non-verbal au verbal, quels processus ? »

Journées d'études cliniques 
à la faculté de médecine

Argumentaire
La musicothérapie se déploie fondamentalement dans la sphère émotionnelle, l’écoute musicale, la communication sonore, l’improvisation clinique dans le registre non-verbal, tout en laissant une place essentielle à la parole et à la fonction structurante des effets du langage verbal.
Nous mettrons l’accent sur la place de la verbalisation, sur le travail psychique élaboratif permettant une mise en ordre du vécu émotionnel, une mise en mot et en sens, une meilleure expression de soi.
Lorsque l’expression verbale est appauvrie, empêchée ou déconstruite, comment la musicothérapie va-t-elle permettre d’élaborer, de reconstituer un langage et un recours à une verbalisation structurante et signifiante ?
Nous nous appuierons sur l’expérience de musicothérapeutes exerçant auprès d’enfants ou adultes, dans des champs cliniques, des pathologies ou des expressions symptomatiques diversifiées : retard de développement, troubles phobiques, acouphènes, troubles du langage, mutismes, handicap sensoriel, moteur ou psychique, polyhandicap, dépression, schizophrénie, addictions, maladies psychosomatiques, psychose infantile, alexithymie, aphasie, AVC, autisme, maladies neurodégénératives, psychotraumatisme, …

Programme des journées d'études

Musicothérapie et langage :
du non-verbal au verbal, quels processus ?

Vous pouvez télécharger
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Les Journées d'études cliniques ouvriront avec une

conférence inaugurale de
Francis Wolff
Professeur émérite, Département de philosophie
Ecole Nationale Supérieure

« La musique comme
médecine de l'humanité »

Auteur notamment de Pourquoi la musique (Fayard)

Découvrez les travaux du professeur Francis Wolff
www.franciswolff.fr

Les conférences

Emilie TROMEUR, psychogériatrie, Dijon
« De la voix du thérapeute à celle du patient »

Madame Mute, octogénaire, m'a été adressée suite à son entrée en Établissement d’Hébergement pour Personnes Âgées Dépendantes. Avant même son arrivée, nous imaginions une institutionnalisation difficile du fait d'un consentement « forcé ». En effet, madame Mute s'est résignée à venir vivre au sein de notre résidence, du fait de l'inquiétude importante de ses enfants face à un maintien à domicile. Effectivement, l'arrivée en EHPAD a engendrée un repli sur soi avec un mutisme quasi immédiat. Du fait de sa passivité massive et de son souhait de ne plus communiquer activement, madame Mute m'a été adressée. Le travail en musicothérapie s'est donc dirigé vers un travail autour du lien, naturellement. Au fil de semaines, ma voix chantée a laissé place à la voix parlée de madame Mute…

Fabienne CASSIERS, Centre Benenzon, Bruxelles
« Introduction au modèle Benenzon : de la musicothérapie à la thérapie non-verbale »

Modèle théorique de musicothérapie, le modèle Benenzon n’a cessé de se repenser et d’évoluer vers ce qu’il nomme aujourd’hui la thérapie non-verbale benenzonienne. Durant ce bref exposé, nous tenterons d’en tracer les principaux  contours. Nous verrons quels en sont les fondements théoriques et  les concepts clés tels que celui d’Identité Sonore (devenu aujourd’hui Identité Sensorielle), les no-out et les co-out, etc. Nous aborderons le positionnement particulier du thérapeute et l’éthique à laquelle il se réfère et qui guidera sa pratique. Nous comprendrons ainsi que cette approche n’est pas uniquement clinique, mais qu’il s’agit plus largement d’un modèle théorique, philosophique, psychologique et clinique de la communication non-verbale.

Fanny BAHEUX, CAMSP, Dieppe
« La place de la verbalisation dans les séances de musicothérapie auprès d'enfants sourds implantés ou appareillés »

La surdité constitue un déficit sensoriel se manifestant principalement par un déficit langagier. « si cette particularité sensorielle demeure invisible, elle se montre, se dévoile précisément dans l’acte de parole : au niveau sonore par le vocal défaillant ou les silences surprenants ; au niveau du visible par cette étrange gestualité langagière » (Yvette Thoua, « La surdité au chant du signe », (Cahiers de psychologie clinique 2003/1 (n° 20), p. 203-215).
Contrairement à ce qui a été longtemps admis, les personnes sourdes peuvent bénéficier de la musique pour améliorer leurs capacités langagières.
Nous verrons justement comment les enfants sourds implantés ou appareillés perçoivent les sons, la musique, la parole.
Dès lors, comment peut-on s’appuyer sur les sons, sur les vibrations et surtout sur le cadre thérapeutique des séances de Musicothérapie pour faire émerger le langage ? Comment la LSF (langue des signes Française) et la LL (lecture labiale) viennent s’accorder à la médiation sonore dans les prises en charge ? Comment l’identité sonore de l’enfant se dessine-t-elle progressivement ? Dans ce contexte, comment le binôme Orthophoniste/Musicothérapeute est-il complémentaire ?
Nous nous centrerons sur les séances de musicothérapie de deux enfants sourds : un enfant appareillé et un enfant implanté. Nous verrons comment leur expression verbale a évolué. Nous nous interrogerons également sur la place de la verbalisation du thérapeute au sein des séances, que ce soit auprès de l’enfant ou auprès de ses parents.

Amphi17

Marie ORANTIN, médecine physique et de réadaptation, Paris
« Penser les sons après un AVC»

La phase dite de « récupération spontanée », que l’on observe après un Accident Vasculaire Cérébral (de 14 jours à 6 mois), peut être favorisée par une rééducation pluridisciplinaire en Médecine Physique et de Réadaptation (MPR) dont l’objet est la récupération optimale des capacités fonctionnelles en vue d’une réadaptation à la vie quotidienne.
Quel rôle la Musicothérapie peut-elle jouer dans ce contexte particulier d’une hospitalisation en MPR, en proposant une approche émotionnelle de l’écoute, dont la visée est la réappropriation par le sujet des « mots pour le dire ». 

Alexane BOUCHARECHAS, pédiatrie, Paris
« La portée des mots : berceuse en néonatologie »

Auprès des nouveaux nés prématurés et leurs parents, la musicothérapie s’inscrit dans les soins de développement car elle respecte les rythmes, les besoins physiologiques et interactionnels du bébé. Le musicothérapeute soutient et encourage le bain mélodique de la mère (sa voix, les chants et mélodies qu’elle produit) qui englobe le nourisson dans une enveloppe sonore. L’enfant est « contenu », les soins prodigués le sécurisent et unifient son vécu, dans la continuité des apports physiologiques de la grossesse. 
Les séances de musicothérapie utilisent la voix chantée, adressée en direct, en particulier pour les très grands prématurés. Cette méthode individuelle s’adapte à chaque dyade parents-enfant. Elle utilise la « song of kin », une chanson ou mélodie ayant du sens pour les parents : souvent liée à leur histoire, leur culture, leurs croyances, elle facilite les premières interactions, leur permet d’être actif et d’engager un processus de communication émotionnelle. La berceuse porte ces valeurs identitaires si importantes pour l’entrée dans une parentalité,  compliquée par la naissance prématurée et l’hospitalisation de l’enfant.

Isabelle REPINÇAY, psychiatrie de l’enfant et de l’adolescent, Châteauroux

« Chaos, mise en pensée, mise en parole, les méandres d’un processus créatif »
Les enfants et adolescents que nous recevons dans le service de psychiatrie infanto-juvénile présentent des pathologies diverses, avec l’expression de toutes formes de repli, de phobies sociales ou scolaires, aussi bien que des enfants souffrant de troubles du spectre autistique, de psychose infantile, d’anorexie… 
Dans une pensée qui se présente parfois comme informe, chaotique, inorganisée ou même indicible, la musicothérapie offre un espace singulier où peut se dessiner un contour à une parole. Par le support rythmique, mélodique de la musique, la pensée peut s’organiser. La relation thérapeutique suit alors les méandres de la pensée au cours des séances individuelles ou de groupes. Peu à peu,  des éléments disséminés peuvent s’organiser vers une parole possible. Un « je » peut commencer à se faire entendre…

 

Mikaël GENGUELOU, Montpellier
« Du jeu sonore au langage, accompagner l’émergence vocale d’enfants atteints de TSA »

Comment la musicothérapie active peut-elle permettre de développer l’expression verbale d'enfants atteints d'autisme ? Dans cette réflexion issue de la pratique clinique, nous aborderons l’intérêt du jeu musical pour favoriser la rencontre et créer une alliance thérapeutique. Nous verrons comment, à partir de cette dynamique, il est possible de proposer différentes activités qui viseront à renforcer l’émergence du langage.

Dr Xanthoula DAKOVANOU, docteur en psychanalyse, Paris, Athènes
« Parole et symbolisation dans le musicodrame analytique »
Le Musicodrame Analytique est un protocole de musicothérapie d'inspiration psychanalytique, qui combine la musicothérapie réceptive et active. Il implique l'écoute musicale avec le dessin, l'écriture et la dramatisation musicale, à travers l'improvisation. Le but du protocole, qui alterne des codes différents de la représentation mentale de la pensée humaine, est entre autres l'émergence du mot. Cette émergence du mot peut signifier un décodage de la représentation psychique inconsciente, recherchée dans la psychanalyse classique, aussi bien que la néo-symbolisation : la mise-en-représentation du non-encore-symbolisé. Le Musicodrame Analytique s'applique dans des populations d'adultes et adolescents, avec une indication spécifique pour les pathologies où la symbolisation fait défaut, où l'enveloppe sonore se trouve trouée, que ce soit de la face musicale où verbale : névroses, psychoses, états limites, addictions, troubles de la personnalité de caractère narcissique, troubles psychosomatiques, traumatismes...

Lara WAKIM, Beyrouth, Nantes
« L’accompagnement du psychotrauma en musicothérapie »

Quand une mélodie, un rythme, un son ou une voix réveillent un traumatisme, les mots viennent exprimer, soulager et réconcilier. Du vécu musical à l'expression verbale, quelle  place occupe la musicothérapie réceptive dans l'accompagnement du psychotrauma? Cette intervention est basée sur plusieurs expériences menées à Beyrouth auprès de femmes réfugiées de guerre et de filles mineures incarcérées.

Dr Nicole DUPERRET, Nelly MADEIRA, psychiatrie de l’adulte, Chalon sur Saône
« Quelle parole le musicothérapeute en psychiatrie doit-il faire surgir ?  En psychiatrie, le musicothérapeute doit-il absolument faire parler les malades ? »

Il est classique d’admettre que de parler et ainsi d’exprimer ses soucis à autrui peut avoir bien souvent une fonction apaisante. C’est sur ce point de vue très populaire que les soins en psychiatrie reposent le plus souvent. Les nombreux théoriciens du soin psychique offrent de fréquentes illustrations cliniques au sujet du sens du symptôme psychiatrique, du point de vue de la dynamique intra subjective et/ou intersubjective.
Souvent le malade mental ne parle pas, qu’il ne le puisse ou ne souhaite pas, ou bien parle « à côté », dans un langage parlé hermétique.
C’est pour cela que les techniques du soin psychique ayant recours à certaines médiations artistiques, et surtout à la musicothérapie, revêtent un intérêt non négligeable.
Il est, dans le présent travail,  question de faire référence à plusieurs situations thérapeutiques où le recours à la parole elle même représente un obstacle à la possibilité de symbolisation de la personne malade.
Nous dressons ainsi, du côté de la psychiatrie, une sorte de petit catalogue de cas de mutisme ou de silence pathologique que la musicothérapie, grâce à chaque fois à un aménagement du dispositif, va permettre de lever.

Les ateliers et débats thématiques

 

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A     « Musicothérapeute / institution. Mises en situation  » 
Cet atelier se déroule dans le grand amphi, sous la forme d'un "théâtre forum" participatif et interactif basé sur des situations professionnelles. Une mise en scène évolutive est élaborée  avec le concours et le partenariat de l'association Epsylon (Nantes). 
Avec Emma Geoffroy et les comédiens de la Cie Spoutnik, Roberte Laporal et Agnès Delarbre.

B    « Aspects interculturels dans la clinique et la formation »
Avec Dr Xanthoula DAKOVANOU (Athènes) et Rihab JEBALI (Tunis)

Dans cet atelier interactif nous allons évoquer des réflexions sur les différents aspects interculturels à prendre en considération dans la mise en œuvre d’une formation de musicothérapie destinée à des professionnels de la santé issus de cultures différentes (backgroud sonore, codes musicaux, caractéristiques socioculturelles, rapport à la musique, prérequis… ), partant de l’expérience que nous avons eue en Tunisie, et des différentes sessions de sensibilisation à la musicothérapie qui ont été assurées par des musicothérapeutes Français.
Nous discuterons également les aspects interculturels dans la clinique en musicothérapie. Que se passe-t-il quand le musicothérapeute n'a pas la même nationalité, la même culture ou la même langue maternelle avec son patient ? Comment travailler quand le rapport à la musique n'est pas le même ? Est-ce que la communication à travers la musique pourrait faciliter la difficulté de la communication linguistique ? Quels sont les difficultés, quand le musicothérapeute travaille dans une langue qui n'est pas la sienne ?  

C   « La parole du thérapeute, sa place et son sens lors des séances »
 Avec Cathy TALAMONA (Thouars)

Quelle est la place de la parole du thérapeute ? Quels en sont les enjeux et les conséquences dans la mise en route, l’évolution et la continuité du processus thérapeutique ? Nous invitons à un échange et un débat à partir de l’expérience vécue en séance individuelle avec une adolescente placée par l’ASE, avec un groupe de personnes atteintes de démence type Alzheimer, avec un patient atteint de troubles psychotiques.

D    « Ecriture créative en musicothérapie »
Avec  Olivia LEMBLE (Paris)
Penser l'atelier d'écriture sous induction musicale comme un espace où l'on peut rejouer un "mal entendu" initial en s'appuyant sur des éléments musicaux et groupaux, propices à des échanges verbaux, où chacun peut prendre sa place avec son style, dans sa propre émotion, tout en aboutissant à une trace finale harmonieuse faisant la synthèse des propositions de chacun. S'entendre pour arriver à la création d'un objet commun. Revisiter le rapport entre code, langage, imaginaire et délire. Restituer une confiance dans les mots grâce au pouvoir médiateur de la métaphore qui permet, entre réel et réalité, de mettre en forme l'indicible.

 

E    « Communication non-verbale selon le modèle Benenzon »
Avec Fabienne CASSIERS (Bruxelles)

Le non-verbal offre un immense champ de possibilités et de nuances d’expression et, parce qu’il est directement connecté à notre mémoire corporelle et archaïque, il nous met en lien avec notre corps, nos émotions, notre inconscient et notre être-enfant.
Durant une quarantaine de minutes, les participants seront invités à interagir entre eux de façon non-verbale avec leurs corps, leurs voix et les divers médiateurs mis à leur disposition. Suite à cette expérience, il leur sera proposé un petit débriefing verbal de ce qui a été vécu, en lien avec les notions clés de cette approche.

F    « Analyse des pratiques »
Avec Rémy BAZILE (Nantes)

La pratique de la musicothérapie nous fait rencontrer des situations singulières que l’on tente d’appréhender avec bienveillance en temps réel. Cela n’est pas sans nous poser des questions.
Les espaces d’analyse des pratiques peuvent nous permettre de reprendre à distance et à plusieurs ces situations dans ce qu’elles nous apportent d’apprenant. Même si elles ne se reproduiront jamais à l’identique, y réfléchir permet de légitimer, créditer des futurs choix dans des situations approchantes. L’expérience est une chose, l’enseignement de l’expérience en est une autre.
Cet atelier visera à décrypter une ou plusieurs situations, sur un modèle de l’analyse psychosociale.
Rappelons que ce qui préfigure d’un bon espace d’analyse des pratiques, c’est le non jugement de valeur, la bienveillance, la confidentialité mais aussi, ne l’oublions pas, l’engagement. Nous ne pouvons être simples spectateurs dans ce type d’espace, chacun apporte sa contribution et transposera dans sa propre pratique.

G   « Atelier voix chantées :  corps  parole » 
Avec Elizabeth OSADTCHY (Nantes)

La voix dans le corps / le corps dans la voix… La voix chantée est un outil thérapeutique fabuleux à explorer pour un musicothérapeute. ici, la fonction biologique usuelle du souffle y est détournée, l’apnée utilisée pour, en fin de compte, diviser le corps. Chanter nous extrait du corps.
Cela peut permettre au sens de naître, avec cette affection si particulière que le corps entier s’y soumet. Un langage spontané tout à fait à part de l’activité humaine, permettant à nos intentions d’être entendues, mais aussi de faire résonner d’une autre façon.
le corps : de soi à l’autre. La voix libère la pensée. Aux commandes du chanter, elle s’engouffre dans des espaces créatifs. Comme un voyage chanté, une palette de petites explorations sera proposée à cet atelier.

Date de dernière mise à jour : 18/02/2019